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Souveraineté numérique cloud : enjeux et stratégies pour les DSI

L’essentiel à retenir
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AWS, Azure et Google Cloud concentrent 65 à 70 % du marché mondial du cloud public (Synergy Research, IDC), créant une dépendance structurelle que peu d’organisations peuvent contourner seules.

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La souveraineté numérique ne signifie pas l’autarcie : elle désigne la capacité à identifier et maîtriser ses dépendances critiques, en distinguant les dépendances acceptables des dépendances stratégiques.

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La qualification SecNumCloud (ANSSI) s’impose comme le référentiel de référence pour les OIV et acteurs publics : localisation en Europe, absence de lien capitalistique extraterritorial, maîtrise opérationnelle européenne.

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L’IA générative crée trois nouvelles dépendances cumulées : GPU (NVIDIA), modèles de fondation (GPT, Gemini, Claude) et plateformes IA des hyperscalers (Azure AI, AWS Bedrock, Vertex AI).

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Le multicloud s’impose comme une architecture de souveraineté : cloud souverain pour les workloads critiques, cloud public pour l’élasticité, standards ouverts (Kubernetes, conteneurs) pour garantir la réversibilité.

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La souveraineté se construit par l’architecture et la gouvernance des dépendances, pas par un choix unique de fournisseur. La question n’est plus d’échapper aux hyperscalers, mais de rester maître de son système d’information en les utilisant.

La domination structurelle des hyperscalers est-elle contournable ?

Amazon Web Services, Microsoft Azure et Google Cloud concentrent environ 63% du marché mondial du cloud public, selon les analyses de Synergy Research Group (Q1 2026). AWS conserve la position de leader, suivi de Microsoft Azure et Google Cloud. Cette concentration repose sur trois facteurs structurants difficiles à contester.

Des investissements massifs. Les hyperscalers consacrent chaque année plusieurs dizaines de milliards de dollars à leurs infrastructures : datacenters hyperscale, réseaux mondiaux, puces spécialisées, capacités de calcul pour l’IA, et programmes de recherche et développement. Aucun acteur européen ne peut aujourd’hui rivaliser avec ces économies d’échelle.

Un effet plateforme puissant. Le cloud ne se limite plus à l’infrastructure. Les hyperscalers proposent des écosystèmes complets (plateformes de données, services d’IA, environnements de développement, outils MLOps) qui créent un verrouillage technologique progressif. Plus une organisation intègre ces services, plus la migration vers une alternative devient complexe et coûteuse.

Une accélération permanente de l’innovation. Les cycles d’innovation des hyperscalers se sont considérablement raccourcis : services managés, bases de données distribuées, plateformes MLOps, outils d’automatisation. Pour beaucoup d’organisations, ces services deviennent rapidement indispensables, renforçant encore l’effet de dépendance.

La souveraineté numérique signifie-t-elle l’indépendance totale vis-à-vis des hyperscalers ?

La souveraineté numérique ne signifie pas l’autarcie technologique. Elle désigne la capacité d’une organisation à maîtriser ses dépendances critiques, en distinguant celles qui sont acceptables de celles qui ne le sont pas.

Cette approche rejoint la notion d’autonomie stratégique sélective, aujourd’hui au cœur des réflexions européennes. Il ne s’agit pas de viser une indépendance totale, souvent irréaliste dans un écosystème numérique mondialisé, mais de cibler les domaines dans lesquels la maîtrise doit être impérative.

Concrètement, cela revient à distinguer deux catégories :

  • Les dépendances acceptables, lorsque les gains en innovation ou en performance sont déterminants et que les données ou processus concernés ne sont pas critiques.
  • Les dépendances critiques, qui touchent aux actifs stratégiques : données sensibles, infrastructures critiques, capacités de traitement souveraines. Ces dépendances doivent être maîtrisées, voire internalisées.

Dans cette perspective, la souveraineté devient une capacité d’arbitrage : celle de choisir où l’on accepte d’être dépendant, et où l’on décide de conserver une autonomie forte.

Cloud souverain ou cloud de confiance : quelle différence pour un DSI ?

Cloud souverain Cloud de confiance

Localisation des données

Hébergement physique

Territoire européen, maîtrise complète de la localisation physique.
Maîtrise totale
Territoire européen exigé par la qualification SecNumCloud (ANSSI).
Exigé SecNumCloud

Gouvernance

Entité responsable

Entité de droit européen, sans dépendance capitalistique étrangère.
Autonomie complète
Entité de droit européen en charge des opérations ; technologie potentiellement non européenne.
Gouvernance européenne

Protection extraterritorialité

CLOUD Act, FISA…

Aucun lien avec une entité soumise à un droit extraterritorial.
Protection maximale
Protection juridique assurée ; dépend du modèle technologique retenu.
Selon architecture

Technologie

Stack technique

Open source ou plateformes européennes pour une autonomie maximale.
Stack souveraine
Peut reposer sur des technologies non européennes avec gouvernance de conformité.
Stack mixte possible

Référentiel

Pour OIV et secteur public

Pas de qualification unique ; architectures variées selon les acteurs.
Pas de norme unique
SecNumCloud (ANSSI) : critère de référence dans les appels d’offres publics.
SecNumCloud ANSSI

Source : ANSSI, référentiel SecNumCloud v3.2

Cloud souverain et cloud de confiance répondent à des logiques différentes, souvent confondues dans les appels d’offres.

Le cloud souverain repose sur trois principes : localisation des données sur le territoire européen, gouvernance européenne des opérations, et maîtrise complète du control plane. Il implique également la réversibilité des environnements et une protection contre l’extraterritorialité du cadre légal. Certaines architectures s’appuient sur des technologies open source ou des plateformes européennes pour garantir une autonomie plus forte.

Le cloud de confiance, promu par l’ANSSI via la qualification SecNumCloud, repose sur un compromis différent. Cette qualification impose la localisation des données sur le territoire européen, l’absence de lien capitalistique avec des entités soumises à un droit extraterritorial, et la maîtrise opérationnelle par des entités de droit européen. Pour les OIV et les acteurs publics, SecNumCloud tend à devenir le critère de référence dans les appels d’offres, au-delà de la simple conformité RGPD.

Certaines offres visent à combiner des technologies fournies par des acteurs non européens avec une gouvernance européenne et des exigences de sécurité renforcées. Ces modèles soulèvent une question déterminante : la souveraineté peut-elle exister si la technologie reste contrôlée par un acteur non européen ? La distinction entre souveraineté juridique et souveraineté technologique devient ici centrale.

L’IA générative crée-t-elle de nouvelles dépendances souveraines ?

Depuis 2023, l’intelligence artificielle générative a profondément reconfiguré la structure du marché numérique et ajouté trois couches de dépendance aux organisations. Pour les DSI, la question de la souveraineté devient double : souveraineté des données d’un côté, souveraineté des modèles et des capacités de calcul de l’autre. Ces deux dimensions doivent être adressées conjointement dans toute stratégie cloud.

3 dépendances créées par l’IA générative

Dépendance 1

Infrastructures GPU

Acteur dominant NVIDIA Part écrasante du marché des GPU pour l’IA. Même les clouds européens restent dépendants de cette chaîne industrielle. Chaîne matérielle
Dépendance 2

Modèles de fondation

Acteurs dominants OpenAI · Anthropic · Google GPT, Claude, Gemini développés par des entreprises américaines. Mistral AI et LightOn émergent côté européen. Modèles US dominants
Dépendance 3

Plateformes IA des hyperscalers

Plateformes concernées Azure AI · AWS Bedrock · Vertex AI L’IA intégrée directement dans les offres cloud renforce l’effet de verrouillage technologique. Verrouillage renforcé

Le multicloud est-il une architecture de souveraineté efficace ?

Face à la concentration du marché et à la dépendance croissante aux grandes plateformes, une stratégie multicloud s’impose progressivement comme une architecture de souveraineté à part entière. L’enjeu n’est pas de multiplier les environnements cloud pour le principe, mais de concevoir un système d’information capable de répartir intelligemment les workloads selon leur criticité, leurs contraintes réglementaires et leurs besoins en innovation.

Couche 1

Cloud souverain

Workloads critiques

Données sensibles et personnelles
Systèmes métier stratégiques
Conformité SecNumCloud / OIV
Protection extraterritorialité

Couche 2

Cloud public

Élasticité et innovation

Workloads à forte variabilité
Projets IA et expérimentation
Environnements de développement
Services non sensibles

Couche 3

Standards ouverts

Portabilité et réversibilité

Conteneurs et Kubernetes
Pipelines DevOps indépendants
API standardisées
Réversibilité garantie

Réduire la dépendance structurelle. En s’appuyant sur plusieurs environnements (cloud souverain, cloud public, cloud privé) les organisations évitent de concentrer l’ensemble de leurs actifs numériques chez un fournisseur unique. Pour les acteurs publics et les OIV, cette diversification contribue à mieux maîtriser les dépendances critiques, notamment pour les données sensibles et les infrastructures stratégiques.

Adapter l’infrastructure à la criticité des services. Certaines infrastructures sont positionnées sur des environnements souverains pour répondre aux exigences réglementaires ou de sécurité. D’autres, moins sensibles, bénéficient de la puissance et de l’élasticité des hyperscalers pour des usages intensifs ou des projets d’innovation. Cette approche permet de concilier maîtrise des données, performance opérationnelle et capacité d’innovation.

Construire des architectures interopérables. Une stratégie multicloud efficace repose sur des architectures ouvertes et portables : conteneurs, orchestrateurs Kubernetes, pipelines DevOps indépendants des plateformes. Ces choix techniques renforcent la portabilité des applications et la réversibilité des environnements, limitant ainsi les effets de verrouillage.

Comment bâtir une souveraineté numérique pragmatique ?

Face à ces réalités, une approche pragmatique s’impose. Plutôt que de chercher une indépendance totale, les organisations priorisent une souveraineté opérationnelle fondée sur plusieurs principes.

Identifier les dépendances critiques. Toutes les dépendances technologiques ne présentent pas le même niveau de risque. Les organisations doivent concentrer leurs efforts sur les données sensibles, les systèmes critiques et les infrastructures stratégiques, en traitant différemment les actifs périphériques.

Concevoir des architectures hybrides. La combinaison de plusieurs environnements devient souvent nécessaire : cloud souverain pour les workloads critiques, cloud public pour l’élasticité, infrastructures spécialisées pour les usages IA. Cette segmentation par criticité est la clé d’une souveraineté opérationnelle réaliste.

Favoriser les standards ouverts. L’adoption de technologies ouvertes (conteneurs, Kubernetes, API standardisée) facilite la portabilité des applications et limite les effets de verrouillage. Ces choix architecturaux représentent un levier concret de souveraineté, indépendamment du fournisseur retenu.

Intégrer la souveraineté dans les politiques d’achat. Au-delà des choix architecturaux, la souveraineté numérique se joue aussi dans les appels d’offres. Intégrer des critères de souveraineté au même titre que les critères environnementaux ou sociaux enverrait un signal de marché structurant, permettant aux acteurs européens d’atteindre la taille critique nécessaire pour constituer des alternatives crédibles.

La souveraineté numérique : un équilibre stratégique à construire

La souveraineté numérique est souvent présentée comme un objectif technologique. Elle est avant tout une question de gouvernance et de stratégie.

Dans un écosystème numérique mondialisé, aucune organisation – pas même un État – ne peut prétendre maîtriser seule l’ensemble de la chaîne technologique : des semi-conducteurs aux plateformes d’IA, en passant par les infrastructures cloud. La véritable question pour les DSI n’est donc pas de savoir s’il faut dépendre d’acteurs externes, mais où placer les dépendances et comment les gouverner.

Cela suppose plusieurs évolutions profondes dans la manière de concevoir les systèmes d’information : penser l’architecture comme un levier de souveraineté, privilégier les standards ouverts et l’interopérabilité, segmenter les workloads selon leur criticité, et arbitrer en permanence entre innovation technologique et maîtrise des risques.

adista accompagne les DSI dans cette démarche : qualification des dépendances, conception d’architectures multicloud souveraines, choix des plateformes adaptées aux exigences SecNumCloud. La souveraineté numérique ne se décrète pas. Elle se construit, par l’architecture, par les choix technologiques, et par la gouvernance des dépendances.

La question n’est plus : peut-on échapper aux hyperscalers ? Mais plutôt : comment construire un système d’information qui reste sous contrôle, même lorsqu’il interagit avec eux ?

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